Insigne de la première campagne du Kouban
dite "Campagne des glaces" - 1918

Historique

Insigne en argent institué le 21 septembre / 4 octobre 1918, par l'ordre jour à l'Armée des Volontaires n° 499 de son commandant en chef le général A.I. Dénikine. Il est décerné à tous les participants de la première campagne du Kouban plus connue sous le nom de "campagne des glaces" durant l'hivers 1918.

Le premier mouvement combattant anti-bolchevique voit le jour à l'automne 1917, sur le territoire des cosaques du Don. L'Armée des Volontaires constituée par les généraux Kornilov et Alexéïev, regroupe environ 4 000 combattants. Devant la passivité des cosaques et l'approche de troupes rouges sur le territoire du Don, l'Armée des Volontaires, renforcée par 2 000 cosaques part le 9 février 1918 pour gagner Ekaterinodar (Krasnodar) où elle compte gagner à sa cause les cosaques du Kouban.

Si l'objectif initial n'est pas atteint (échec de la prise d'Ekaterinodar) et si le charismatique général Kornilov y laisse la vie, cette première campagne du Kouban (9 février 1918 - 30 avril 1918) marque les premiers engagements sérieux entre "rouges" et "blancs" et deviendra la légendaire "campagne des glaces".

Talonnée par des troupes rouges numériquement supèrieures et bien armées, mais mal encadrées, l'Armée des Volontaires, pendant les 80 jours que va durer la campagne (dont l'itinéraire de plus d'un millier de kilomètres entre Novotcherkasse et Ekaterinodar fait un huit), livre plus de 50 batailles et au final compte dans ses rangs un blessé ou un tué pour dix hommes au départ de la campagne.

De retour sur le voïsko des cosaques du Don qui s'est révolté contre les Bolcheviques, l'Armée des Volontaires peut enfin se reposer et s'organiser. A la mort du général Kornilov, le général Dénikine qui a pris le commandement de l'Armée des Volontaires, institue et décerne cet insigne pour tous les personnels (combattants et non-combattants) ayant participé à cette première campagne du Kouban.

Initiallement fabriqué en Russie, l'insigne est en argent oxydé. Les insignes sont numérotés. Le numéro 1 fut décerné à titre posthume au général Kornilov, le n°2 au général Alexiev, le n° 3 au général Denikine. Une étude de P.V. Pashkov (Cf. notes) donne le nombre et la ventillation exacte de cette médaille. Au total 3 689 médailles étaient remises, de la façon suiante : 36 généraux, 242 officiers d'état-major, 2 078 offciers, 437 cadets, 630 volontaires, 149 personnels de santé, 6 offciels, 23 citoyens et 89 autres personnes. Soit, 600 personnes de plus de 40 ans et 3 000 personnes de moins de 40 ans, dont 163 femmes.

Ci-contre, photographie du général Koutiépov prise en exil après 1922. Il porte de gauche à droite, la croix pour officier de 4e de l'ordre de Saint-Georges, la croix de 2e classe de l'ordre de Saint-Nicolas-Thaumaturge, l'insigne de la première campagne du Kouban. En dessous la croix 1920-1921 de Galipoli, puis l'insigne régimentaire du Préobrajenski de la Garde impériale dont il a fait partie.

Caractéristiques

Avers : une couronne d'épines en argent oxydé, découpée et moulée, traversée à huit heures par une épée (amovible et fixée au revers de l'insigne par des pattes), pointe vers le haut, l'épée du côté de la garde passant sous la couronne, et du côté de la pointe passant par dessus la couronne.

Pour voir le revers passez le pointeur sur la croix gauche.

Revers : un numéro d'attribution (qui figure sur le diplôme remis au récipiendaire) est gravé sur la branche inférieur de la couronne, ici le n° 4444. Ce qui est en contradiction avec les informations (cf.ci-dessus) de P.V. Pashkov pour qui il n'y a eu que 3 689 médailles de décernées.

Diamètre : couronne 30 mm - longueur de l'épée : 50 mm.

Quantité réalisée : il y aurait eu entre 4.500 et 5 000 insignes réalisés en Russie. Ce chiffre ne prend donc pas en compte les frappes réalisées en émigration.

Remarques : un autre insigne "blanc", celui de l'ordre militaire "Pour la célèbre campagne de Sibérie" institué en 1920, par le Régent Suprême de la Russie, l'amiral Koltchak, ressemble à s'y méprendre à celui de cette étude. La différence porte sur l'épée qui est en or sur l'insigne de Sibérie, cf. infra.

Ruban :

- ordre de Saint-Georges avec au milieu une rossettte aux couleurs nationales russes (blanc, bleu, rouge), lorsqu'il est décerné pour des combattants).

- ordre de Saint-Georges avec au milieu une rossettte aux couleurs nationales russes (blanc, bleu, rouge), lorsqu'il est décerné pour des combattants).

Cet insigne est considéré comme le premier insigne "blanc" à avoir vu le jour en Russie pendnant la guerre-civile (1917-1922). De nombreux autres ordres, décorations et médailles blancs veront le jour par la suite, à l'initiative des chefs des différentes formations blanches (front Nord, front Balte, front Ukrainien, fronts cosaques, front de Sibérie...). Aussi jouit-il d'un statut un peu particulier et il fait l'objet d'un véritable culte dans les milieux de l'émigration blanche de la première vague et de leurs descendants (ci-contre à gauche, carte postale commémorative de la Campagne des glaces).

On en trouve même une trace durable dans l'art funéraire de certaines tombes du cimetière orthodoxe russe de Sainte-Geneviève des Bois, d'anciens volontaires ayant participé à la "Campagne des glaces", avec la présence sur certaines d'entres elles, d'adjonction de plaque émaillée et peinte où figure cet insigne (cf. ci-contre à droite).

Le 1er septembre 1924, toutes les associations d'émigrés russes de part le Monde, créées sur le principe de la participation à la guerre civile, ce qui est encore plus vraix pour celles réunissant des anciens combattants blancs, s'unissent (où disparaissent) pour la création du ROVS (l'Union des Combattants des Armées Russes), sous l'égide du commandant en chef de l'Armée Russe, le lieutenant-général Baron Pierre N. Wrangel. Dans son ordre du 19 août 1939 fait à Bruxelles, le ROVS, pour commémorer le 20e anniversaire de la "Campagne des glaces" accorde le droit pour l'aîné des descendants directs, de porter l'insigne à la mort du récipiendaire, afin d'en perpétuer le souvenir.

Aussi, trouve-t-on de nombreuses frappes faites hors Russie, souvent dans des matériaux non-précieux (ci-contre à gauche - pour voir le revers passez le pointeur sur la croix gauche), ainsi que de nombreux insignes dérivés, barrette ornée miniature (ci-dessous à gauche), insigne de boutonnière (ci-dessous à droite), réduction d'insigne...


Notes :

- Catalogue d'une vente aux enchères sur : Ordres, médailles, décorations, insignes, fanions, livres, Mes Dominique Delavenne, Didier Lafarge, Paris - Drouot, octobre 1991, 44 p, texte p. 34 et illustration p. 35.
- Kharitonov (O.V.) / Gorchkov (V.V.), Armée Russe 1917-1920, uniformes, insignes, grades, recompenses, insignes régimentaires, Saint-Petersbourg, 1991, édition Karabella, 80 pages, page 91.
- Site Internet du ROVS en russe : http://razvedchik.ru/rovs.
- Kouznetzoff - (Alexandre A), Les ordres et les médailles de la Russie, Édition de l'université de Moscou. Ouvrage russe, 1985, 480 pages, pp. 314-315, illustration pp. 343 et 340.
- Werlich (Robert), Russian orders, decorations and medals, including those of Imperial Russia ; the Provisional Government, the Civil War et the Soviet Union. p. 108.
- Grey (Marina), Bourdier (Jean), Les Armées Blanches, Paris, 1968, 288p., pp.62-112.
- Pashkov P.V, Orders and the decorations in the Civil War 1917-1922, Paris, 1961.




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