Ordre militaire de Saint-Nicolas-le-Thaumaturge - 1920

Historique

Cet ordre ne fait pas parti des ordres impériaux russes, car créé après l'abdication du tsar Nicolas II. Mais le nom du saint choisi pour patronner cet ordre fait bien référence à l'empereur martyr.

Ci-contre, icône orthodoxe russe représentant Saint-Nicolas.

Saint du IVe siècle, il est célèbre pour avoir distribué sa fortune. La légende rapporte qu'il faisait tomber des pièces d'or dans les cheminées pour ne pas être vu. Il aurait ainsi sauvé trois jeunes filles qui devaient être vendues comme esclaves par leur père ruiné. Un de ses miracles fut d'apparaître à l'empereur Constantin pour sauver les têtes de trois officiers condamnés injustement à mort. L'histoire des trois petits enfants découpés dans un saloir et miraculeusement ressuscités, date du Moyen-Age. Il est aussi pour les grecs le saint patron des marins car il a apaisé une tempête. Au XIe les habitants de Myre fuirent devant les envahisseurs turcs et emportèrent son corps à Bari en Italie, où se trouvent ses reliques.

L'ordre est institué le 30 avril 1920 à Sébastopol par ordre n° 3089 du commandant en chef des Forces Armées méridionales de la Russie, le général Baron Wrangel.

Cet ordre fut institué pour récompenser les actions militaires valeureuses accomplies dans le rangs de l'Armée Blanche au cours de la Guerre civile qui fit suite à la révolution bolchevique. Les dirigeants de cette armée ne voulurent pas, que dans une guerre qui dressait des Russes contre d'autres Russes, attribuer le prestigieux ordre de "Saint-Georges", le seul ordre russe exclusivement militaire destinés à récompenser la bravoure face aux ennemis de la patrie russe.

A l'inverse de l'ordre de Saint-Georges qui avait une subdivision pour officier et une pour sous-officier soldat et marin, cet ordre était décerné indistinctement tant à des officiers qu'à des sous-officiers, soldats et marins. Il est porté juste après l'ordre de Saint-Georges.

L'ordre fut prévu pour être subdivisé en 2 classes mais les conditions d'attribution en étaient si sévères qu'il n'y eut aucun chevalier de 1re classe. En effet, pour prétendre à la seconde classe, les sous-officiers, soldats et marins devaient déjà être titulaire des croix de 4e et 3e classe de l'ordre de Saint-Georges, et les officiers devaient être au moins chevalier de la 4e classe de l'ordre de Saint-Georges pour officier.

Même le commandant en chef, le général Wrangel, ne reçut que la 2e classe. Il remit personnellement au capitaine en second Luybich Yarmolovich, la première 2de classe de l'ordre "pour avoir avec ses chars, briser l'encerclement dont il faisait l'objet et permit à l'infanterie de s'échapper".

Ci-contre, photographie du général Koutiépov prise en exil après 1922. Il porte de gauche à droite, la croix pour officier de 4e de l'ordre de Saint-Georges, la croix de 2e classe de l'ordre de Saint-Nicolas-Thaumaturge, l'insigne de la première campagne du Kouban. En dessous la croix 1920-1921 de Galipoli, puis l'insigne régimentaire du Préobrajenski de la Garde impériale dont il a fait partie.

Il n'y eut en tout que entre 337 et 937 récipiendaires de l'ordre de Saint-Nicolas 2e classe. On avance un nombre très faible de croix ayant réellement vue le jour, à peine une cinquantaine réalisée par la firme Gode à Berlin (dont au moins une décernée à un non-chrétien).

L'ordre fut également attribué collectivement à des unités des forces armées de l'Armée russe du général Wrangel, sous la forme de drapeau et pavillon de Saint-Nicolas.

Pour les unités de l'armée, des drapeaux de Saint-Nicolas, selon le modèle russe de 1883 présentant à l'avers l'icône du saint, avec des banderoles aux couleurs nationales (et celle de l'ordre), et une croix de l'ordre fixée sous la hampe (cf. illustration ci-dessus). Dès avril 1920, les régiments Kornilov, Markov, Drozdovski, reçoivent de tel drapeau. Pour les unités de la flotte, des pavillons, guidons et des flammes de Saint-Nicolas ; ces signes distinctifs portaient les couleurs nationales : blanc, bleu, rouge (cf. illustration ci-dessus). L'ordre N° 118 du commandant en chef daté du 26 juin 1920 indique les noms des vaiseaux ainsi décorés : les cannonières Garde et Groznyy, les cannonières de fleuves Altai et Oural, les brises-glaces armés Chevalier et Haydamak, les barges armées Marie, Azov, Nicolas Panine, Dmitri, Pantikopeya et Meotida.
Caractéristiques

Avers : croix pattée en fer foncé, patinée noir, du même module que la croix de Saint-Georges de 4e classe. Le médaillon central porte une représentation en buste du saint sur fonds légèrement bleu entouré de la devise de l'ordre en cyrillique "La Russie sera sauvée par la Foi", à son tour entouré d'une fine couronne de laurier.

Pour voir le revers passez le pointeur sur la croix ci-contre.

Revers : le médaillon central, porte trois bandes horizontales, blanche pour la plus haute, bleue pour la médiane et rouge pour la plus basse (reprise du tricolore du drapeau national russe), portant la date de création de l'ordre, le 30 avril 1920, le tout entouré d'une couronne de laurier.

Diamètre : 35 mm

Ruban : aux couleurs nationales : blanc, bleu, rouge. Sur le modèle présenté plus haut, le ruban est inversé.

Port :
- La1re classe est portée en sautoir.
- La 2de classe est portée sur la poitrine gauche, juste après l'ordre de Saint Georges (pour officier ou soldat).

Divers :
  • La première classe, qui n'a jamais été frappée, semble du même module mais se porte en sautoir.
  • Une version spécifique de l'ordre pouvait être décernée à des non chrétiens et suivant la tradition des ordres impériaux russe, la représentation du saint est remplacé par une aigle de l'empire.
  • En exil en France, le grand-duc Cyril, prétendant au trône va institué un ordre portant le même nom Saint-Nicolas-le-Thaumaturge en juillet 1929. Cet ordre différent, dans la forme, vise à récompenser tous les vétérans russes de la première guerre mondiale.

Notes :

- Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT) / carton 7N 806, dossier n°4
- Plotto (Alexandre), Au service du pavillon de Saint-André, dans la Marine Impériale Russe . L'ordre de Saint-Nicolas est évoqué pp. 419-420 et 425.
- Werlich (Robert), Russian orders, decorations and medals, including those of Imperial Russia ; the Provisional Government, the Civil War et the Soviet Union. L'ordre est évoqué pp. 22 et 111.
- Kouznetzoff - (Alexandre A), Les ordres et les médailles de la Russie, Édition de l'université de Moscou. Ouvrage russe, 1985, 480 pages, pp. 323-325 et 341, illustration p. 345.


/ Début de page / Phaléristique russe / Croix et médailles / Médailles blanches /



© Nicolas Botta-Kouznetzoff 1997 - 2006