Croix et médailles russes du règne de Pierre Ier (1682 - 1725)

Introduisant en Russie, le principe des médailles militaires, Pierre Ier s’appuyait sur une coutume préexistante qui s’enracinait dans les profondeurs des siècles. Apparemment, son ancêtre lointain faisant autorité était la « grivna », décoration des chefs victorieux de la drougina (troupe du prince dans l’ancienne Russie de Kiev). Jusqu’à la fin du XVIIe siècle se poursuivit la distribution de ces insignes de distinction militaire sous la forme de monnaies – les « dorées » - La régente Sophie décorait avec, tous sans exceptions, les participants aux vaines campagnes de Crimée de 1687 et 1689, et même s’ils étaient morts, les distinctions étaient reçues par leurs familles.


Dénomination
Date de création
Importance de la partie
Médaille de "table" "Pour la prise de Nöteborg-Schlüsselbourg"
1702
****
Médaille de "table" "Pour la prise de deux navires suédois"
1703
***
Médaille "Pour la prise de Narva"
1704
***
Médaille "Pour la bataille de Kalisz"
1706
**
Médaille "Pour la bataille sur Lewenhaupt à Lesnaya"
1708
***
Médaille "Pour la bataille navale de Gangut"
1714
****

Les maîtres de la cour (du trésor), le ministre des finances et de la salle d’armes ont fabriqué pour cette occasion des milliers d’insignes en or – allant des miniatures d’un quart de tchervonetz (ducat) pour les simples « tirailleurs » aux grandes de plusieurs ducats pour le corps des officiers généraux. Pour le commandant des troupes, favori de la tsarine, le prince V. V. Golitsine fut confectionné un énorme médaillon de 300 tchernovets / ducats porté à une chaîne d’or.

La première décoration attribuée pour faits militaires par Pierre Ier était de la même façon traditionnelle : en septembre 1696 pour la bataille devant Azov, A. C. Cheïn reçut une « dorée » de 13 tchernovetz, Lefort une de 7 ducats, F. A. Golovine de 6 ducats. Avec ces insignes, pour différents mérites, étaient décorés les officiers et les simples soldats et tirailleurs (strelitz) étaient distribués des kopeck dorés. Il existait des décorations pour les soldats sous forme de pièce de 50 kopeck « nouvellement frappés » et de roubles plus tard.

Sous le règne de Pierre-le-Grand, seules des médailles militaires ont été créées, telles que : «Pour la victoire de Lesnaya», «Pour la bataille de Poltava», «Pour la victoire de Gangut», «En souvenir de la paix de Nystadt»…

Les principaux changements dans le système de récompenses survenu à l’époque de Pierre sont entièrement liés, d’un côté aux réformes militaires et de l’autre côté à la réforme du système monétaire.

La frappe monétaire et les médailles dans le premier quart du XVIIIe siècle se développent en Russie très rapidement et atteint un haut niveau tant dans la fabrication que dans la facture artistique de la réalisation.

Pierre Ier, se rendant à l’étranger, s’intéressait invariablement aux travaux des Hôtels des Monnaies. A Londres par exemple, ce fut Isaac Newton qui lui présente et explique le fonctionnement des machines à monnayage. Il invite des graveurs des pays visités à l’Ouest à venir travailler en Russie et se préoccupe de l’apprentissage des artisans et contremaîtres russes.

Sous l’influence occidentale de l’art des médailles, on commença en Russie, dès le début du XVIIIe siècle à frapper les premières médailles commémoratives. Elles étaient émises en l’honneur d’un événement d’une grande importance, le plus souvent des batailles que les maîtres russes s’efforçaient de rendre avec toute la précision possible.

Les médailles étaient alors un des moyens les plus visibles et importants pour montrer la puissance d’un État, en même temps qu’un procédé original pour «une information de masse». Elles étaient distribuées au cours de cérémonies solennelles, envoyées à l’étranger «en cadeau aux ministres étrangers» et étaient acquises par les chefs de cabinet. Pierre lui-même s’occupait souvent de la «création» de médailles.

Apparaissant peu après, une médaille russe réunissant la traditionnelle « dorée » - inconnue en Occident – celle des décorations militaires de « masses » à une maîtrise de l’art de la médaille, faisant « entrer » la Russie dans le concert de la numismatique européenne.

Les médailles militaires de Pierre se distinguaient considérablement des « dorées ». Par l’aspect et la taille, elles correspondaient aux nouvelles monnaies russes, les roubles. Sur l’avers, on plaçait toujours le portrait du tsar (ces pièces sont souvent dénommées « portrait » à cause de cela) en armure et en couronne de laurier, sur le revers, en règle générale, une scène de la bataille correspondante avec inscription en cyrillique et date.

Le principe de la décoration de masse fut généralisé pour toutes les batailles tant sur terre que sur mer. On délivrait des médailles, non seulement aux officiers, mais aussi aux soldats et marins et à tous les participants sans exception, celui qui se distinguait dans un combat singulier pouvait être particulièrement remarqué.

Cependant les médailles pour le personnel de commandement et pour les grades inférieurs n’étaient pas les mêmes. Ces dernières étaient exécutées en argent et celles des officiers étaient toujours en or et d’après le grade, elles se distinguaient par la taille et le poids - et parfois dans son ensemble par son aspect extérieur, car certaines d’entre elles étaient offertes avec des chaînes.

Toutes les médailles du premier quart du XVIIIe étaient encore frappées sans chas (sans système de fixation). Celui qui recevait une médaille, devait l’adapter, pour la porter au ruban du seul ordre existant à l'époque en Russie, celui de Saint-André.

Parfois ces « attaches » étaient ajoutées sur les médailles directement par l’Hôtel des Monnaies, si elle était délivrée avec une chaîne.

La plupart des médailles instituées par Pierre étaient liées aux opérations militaires contre les Suédois dans la guerre du Nord. D’après les documents conservés à l’Hôtel des Monnaies, dans le premier quart du XVIIIe siècle, 12 batailles ont fait l’objet de frappe de médailles de gratification, dont le tirage de certaine atteignait les 3 à 4 milles exemplaires.

Informations divers

Voici, les principales sources, ouvrages et sites Internet que j'ai consultés sur le sujet.


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© Nicolas Botta-Kouznetzoff 1997 - 2006