Marques d'honneur rattachées à
l'ordre de Saint-Georges

Croix pour la participation à la défense de Port-Arthur 1904-1905 - 1914

Historique

Ce n'est qu'en 1914, après plusieurs prototypes, que les héros survivant de la défense de Port-Arthur, reçurent cette distinction d'honneur. Cette croix a été instituée le 14 janvier 1914 (CJ) sous le règne de l'empereur Nicolas II. Elle a été décernée aux officiers et soldats et marins russes qui prirent une part active dans la défense de la base navale russe de Port-Arthur entre le 8 février 1904 et le 2 janvier 1905, date de l'attaque surprise japonaise et date de la capitulation de la base (1) (1bis). Ci-dessous vue de la rade de Port-Arthur.

Port-Athur (Lushun), port naturel stratégique localisé dans le Kwantung, dans le sud de la péninsule de Liao-Tung, avait été cédé à la Russie par la Chine en 1898 pour une période de 25 ans. La politique expansionniste russe menée en Mandchourie ainsi que la disposition d'un port libre des glaces pour sa flotte du Pacifique, étaient des menaces directes pour l'empire japonais, lui-même en pleine expansion dans cette zone. Zone que le Japon considérait comme sa propre zone d'influence (2).

La base naval de Port-Arthur était spacieuse et très bien équipée et défendue par plusieurs lignes de fortifications renforcées par de nombreuses casemates. De plus, le port était le terminus de la ligne de chemin de fer du Sud-Mandchourien et également relié au réseau de chemin de fer de l'est de la Chine, construit par les Russes qui depuis 1896 en avaient la concession et en exploitaient les droits (3)

La plus grande force de la base navale au moment de l'attaque surprise des Japonais, était la présence dans le port de navires de guerre russe, comprenant : 7 cuirassés (bâtiment de guerre armé d'artillerie lourde et protégé par un blindage d'acier), plusieurs croiseurs (bâtiment de guerre rapide de tonnage moyen) et plus d'une vingtaine de destroyers (contre-torpilleur rapide) et vaisseau divers (4).

Le plan japonais de l'attaque surprise de Port-Arthur, très bien préparé, causa de lourde perte aux navires russes, malgré la perte de trois cuirassés japonais ayant sautés sur des mines russes et coulés. L'engagement naval fut suivi du débarquement de troupes de l'armée impériale japonaise à proximité du port russe. Ainsi les IV et Ve armées japonaises envahirent les abords de la péninsule du Liao-Tung repoussant vers le Nord les forces terrestres russes. A la fin du mois d'avril 1904, Port-Arthur était assiégé (5).

Ci-contre carte postale russe montrant les batteries défensives russes en action.

Au début, les fortifications de Port-Arthur résistèrent bien aux assauts de l'armée japonaise supérieure en nombre, leur affligeant de lourdes pertes, mais après 9 mois de siège, la situation devenait intenable avec l'occupation par les Japonais de plusieurs positions clés des fortifications des défenses de la base navale. Le manque de munitions, le nombre grandissant de blessés et malades tant civils que militaires, forcèrent le commandant de la base, le général Stoessel, malgré l'objection de plusieurs des ses subalternes, à signer la capitulation de la place. Après l'arrêt des hostilités et son retour en Russie, le général Stoessel fut traduit en cour martiale et fut condamné à être exécuté. Décision qui fut commuée en 10 ans de peine d'emprisonnement (6).

Ci-contre carte postale de propagande japonnaise montrant la rédition du général russe Stoessel au général japonnais NogiMeeting à Shuishihying.

Médaille commémorative française pour les défenseurs de Port-Arthur

La défense héroïque de Port-Arthur, ne fit pas spontanément l'objet d'un décoration russe, loin s'en faut. Le peuple français, admiratif pour l'héroïsme des défenseurs de la base, lancèrent une souscription et frappèrent des médailles pour ces héros. Cette médaille, portait parmi les différentes inscriptions figurant sur l' avers et le revers, le nom du commandant en chef de la place, le général Stoessel. La médaille ci-contre, fût frappée suite à une souscription lancée par L'Écho de Paris.

Pour voir le revers passez le pointeur sur la médaille ci-contre.

Elle porte à l'avers une allégorie des défenseurs russes de Port-Arthur, sommée d'une femme (représentant probablement la Mariane) tenant dans ses mains des couronnes de laurier au-dessus des combattants. La périphérie porte une inscription française indiquant : "Défense de Port-Arthur 1904". Le revers présente un lion au-dessus d'un cartouche indiquant "La France au général Stoessel et à ses soldats héroïques". En pied, une inscription indique : "Souscription de l'Écho de Paris".

Ci-contre avers et revers de la médaille française pour les défenseurs de Port-Arthur.

La défense de Port-Arthur et le général Stoessel (ci-contre une photographie du général à Port-Arthur), condamné par le gouvernement russe pour ne pas avoir fournis tous les efforts nécessaires à une résistance pourtant impossible et qui de surcroît avait signé l'acte de capitulation, ne pouvaient raisonnablement pas faire l'objet d'une médaille. Le gouvernement russe interdit donc le port de cette médaille française aux héros de Port-Arthur. Il faudra attendre le 10e anniversaire du siège de la ville en 1914 pour voir enfin institué et attribué cette croix d'honneur (6).

Croix pour les officiers

Croix d'argent oxydée (de 44 x 48 (!) mm) directement inspirée de la forme de la prestigieuse croix de Saint-Georges avec l'inscription en cyrillique "Port Arthur" indiquée sur les branches latérales. Des épées croisées passent sous le médaillon central. Ce dernier est émaillé de blanc (pour les officiers) avec un cuirassé russe noir en son milieu. Une forteresse bastionnée à six bastions vue de haut délimite la partie du médaillon central qui est émaillé. Cf. illustration ci-contre.

Cette croix se porte directement sur le vêtement sans ruban.

Croix pour les sous-officiers, soldats et marins

La croix, du même module est en bronze. Le médaillon central n'est pas émaillé. L'orientation de la forteresse est inclinée d'environ 30° par rapport à son axe central, deux des six bastions se trouvant à 12h et 18h (7). Cf. illustration ci-contre.

Cette croix se porte directement sur le vêtement sans ruban.

Notes

(1) (2) (3) (4) (5) Romanov (Prince Dimitri), The orders, medals and history of imperial russia, Viborg, 2000, Balkan Heritage, ISBN 87-981267-4-1, 270 p, pp.260-261
(1bis) (7) Patrikeev (S.B.) / Bojnovich (A.D.), Badges of Russia, Tome II, Saint-Petersbourg, Moscou, 1998, 508 pages, ISBN 5-83520153-6, p.475.
(6) Durov (Valery), Russian and soviet military awards, 1990, 104 p, p. 11, p 14 et p 50 pour des illustrations des différentes médailles françaises frappées à cette occasion


© Nicolas Botta-Kouznetzoff 1997 - 2006