Le drapeau dans l'armée russe pendant la guerre de 1914 - 1917

Remis en forme à partir des textes du commandant ANDOLENKO, dans son ouvrage : Les drapeaux de la guerre 1914-1918, (pris, perdus, sauvés), 1945, Stuttgart, 225 p.

  "Ss Nami Bog" (Avec Nous Dieu)

 

 

 

 

O vieux Drapeau, orgueil du régiment aimé
Par la gloire des armes au combat couronné,
Quel cœur n'est prêt, pour tes lambeaux chéris
Oublier tous biens et faire don de sa vie.

G.D. Constantin de Russie

 

 

 

"Avant le départ pour la guerre, le général Dragomiroff embrassant le drapeau".

Le général Dragimiroff (héros de la guerre de 1877), à la station de chemin de fer, de Balaschofka, près de Kharkoff, prend congé des bataillons de Minsk et de Volhynie qui se rendent sur le théâtre de la guerre contre le Japon.

Source : collection particulière illustration du journal "Le Petit Parisien" du dimanche 23 octobre 1904.

Emblème du règne de Nicolas II

En 1914, l'Armée Russe possédait des drapeaux de cinq époques différentes : ceux accordés par les Empereurs Alexandre Ier, Nicolas Ier, Alexandre II, Alexandre III et Nicolas II. Dans les régiments d'infanterie de l'armée active, les plus nombreux étaient ceux du dernier règne, auquel correspondaient 2 modèles : 1897 et 1900. C'est l'emblème du dernier règne que nous allons décrire ici :

Le drapeau se composait de trois parties : l'étoffe, la hampe et les rubans.

1. L'étoffe (polotnistché) en tissu de soie, blanche pour tous les régiments d'infanterie de ligne. Elle avait 1m,20 sur 1m,20 de côté. Une bande encadrait l'étamine ; cette bande prenait la couleur du régiment : c'est à dire rouge pour le premier régiment de la division, bleu pour le deuxième ; blanc pour le troisième, vert pour le quatrième.
Une face de l'étamine portait au centre le monogramme de l'Empereur, soit un "N II" couronné (brodé d'or). Aux quatre angles, sur un fond blanc, une aigle russe.


Avers du drapeau régimentaire de la Légion russe en France vers 1916-1917.

Les drapeaux des régiments centenaires portaient au bord inférieur de cette face, les millésimes de la création et du centenaire, inscrites sur le ruban de l'ordre de Saint-André (bleu). Sur les deux faces, en suivant les bords, un dessin décoratif, d'un même modèle pour tous les drapeaux. Un mince filet, de la couleur du régiment, encadrait les médaillons d'aigles et les motifs décoratifs des bords.
L'autre face comportait, dans le modèle de 1897, l'Icône du régiment c'est à dire l'éphigie du Saint protecteur du corps.


Revers du drapeau régimentaire de la Légion russe en France vers 1916-1917.

Cette même face comportait, pour les drapeaux décorés, l'inscription de la campagne ou du fait d'armes, pour lesquels la Croix de Saint-Georges a été accordée au drapeau du régiment ; telles que :

Pour la prise, le 2 juin 1807, à Friedland, d'un drapeau.
Pour la prise d'assaut de Varsovie 25 et 26 Août 1831.
Pour la pacification de la Transylvanie en 1849.
Pour Sébastopol en 1854 et 1855.
Pour le franchissement des Balkans en décembre 1877., etc. ...

Ces inscriptions, dans le modèle 1897 étaient placées le long des quatre bords. Dans le modèle 1900, l'Icône du régiment était remplacée par l'image du Christ, la même pour tous les drapeaux. L'inscription du fait d'armes était faite sur un ruban aux couleurs, de l'ordre de Saint-Georges, placé sous l'image. Au dessus du Christ, la devise : "Avec Nous Dieu."
Le long des bord libres d'inscriptions, un motif décoratif.
Dans la Garde l'étamine prenait la couleur du régiment, les bandes des bords étant pour tous les corps de la Garde de la couleur rouge.
Les étendards des régiments de cavalerie se faisaient d'après les mêmes principes, mais de dimensions plus réduites.
Les étendards des régiments cosaques prenaient la couleur du drap des tuniques, c'est-à-dire : bleu, pour Don, Oural et Astrakan ; vert pour les autres ; les bords prenaient la couleur de la troupe ; c'est-à-dire rouge pour Don, bleu pour Orenbourg, jaune pour Astrakan, etc. ...
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2. La hampe (drevko) était en bois massif ; d'une hauteur totale de 2m75, elle comportaient elle-même trois parties :
* Le fer de lance (naverchié), pour les emblèmes de l'Armée était ajouré et portait, soudée dans une couronne de lauriers, une aigle russe, pour les drapeaux non-décorés, ou bien la Croix de Saint-Georges, pour les emblèmes décorés. (1 ).
Dans la Garde, le fer de lance était remplacée par une Aigle Russe en argent doré massif, dont le socle, comportait soudée, une Croix de Saint-Georges.
* La hampe proprement dite, se faisait dans l'infanterie en trois couleurs : jaune pour le premier régiment de la division ; blanches pour le troisième ; noire pour les deuxièmes et quatrièmes.
* L'anneau (skoba). Sur chaque hampe était fixée à demeure, sous l'étamine, une bague en argent doré. Cette bague portait ciselés : le monogramme du souverain fondateur du régiment, le millésime de la création, l'année au cours de laquelle le drapeau a été décoré (s'il y avait lieu), l'année du centenaire, le numéro et le nom du régiment.
L'extrémité inférieure de la hampe se terminait par un sabot (podtok).
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3. Rubans (Lénti). Les drapeaux décorés comportaient de longs rubans étroits aux couleurs de l'ordre de Saint-Georges, terminés par des glands (Guéorguévskia lénti).
Les emblèmes des unités centenaires comportaient de larges rubans , dits "rubans jubilaires" (Youbilléinia lénti). Dans la Garde, ces rubans étaient aux couleurs de l'ordre de Saint-André (bleu-ciel) ; dans l'Armée, aux couleurs de l'ordre de Saint-Alexandre (rouge). Ils étaient en soie moire et se terminaient par des franges or. ces rubans portaient brodés : le millésime de la création, le monogramme de l'Empereur fondateur du corps, la dénomination primitive du régiment, les inscriptions accordées au drapeau, avec l'année et le monogramme de l'Empereur qui avait accordé la récompense, l'année du centenaire et la dénomination actuelle du régiment.
La récompense suprême : les larges rubans de Saint-Georges (Chirokia Géorgiévskia lénti), portaient l'inscription du fait d'armes ayant motivé l'octroi de cette distinction. Seuls les étendards des 17e et 18e régiments de dragons portaient ces rubans.
A des rubans réglementaires russes il faut ajouter ceux accordés par des souverains étrangers, colonels honoraires de certains régiments. Seuls les emblèmes des régiments de la garde Saint-Pétersbourg et Kexholm, des 5e R.I., 6e R.I., 85e R.I. et du 13 dragons, étaient autorisés à porter les rubans aux couleurs d'ordres étrangers.
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Depuis 1883, l'Armée Russe n'avait qu'un seul emblème par régiment. En attendant le renouvellement d'emblèmes, (2) le drapeau du 1er bataillon était devenu drapeau régimentaire, ceux des autres bataillons ont été déposés dans les chapelles des corps de troupe.
En 1914, à la mobilisation , les régiments de nouvelle formation reçurent comme drapeau régimentaires, ces vieux drapeaux de bataillons. Ainsi, par exemple, la 15e D.I. formant la 64e D.I. de réserve, lui passa une partie de ses vieux drapeaux ; le 53e R.I. versa au 249e R.I. le vieux drapeau de son 4e bataillon ; le 54e R.I. passa au 250e R.I. le drapeau de son 4e bataillon et ainsi de suite.
Les unités de la territoriale reçurent de vieux emblèmes, déposés depuis 1855 dans les arsenaux et les cathédrales.
Ces emblèmes, en soie verte, comportaient une Croix de la Territoriale russe et l'inscription : "Pour La Foi, Le Tsar Et La Patrie".
"Le drapeau" disait le règlement russe "est l'emblème sacré du régiment qui doit être défendu jusqu'à la mort ; il doit toujours rappeler le serment de servir jusqu'à la dernière goutte d sang, pour la Foi, le Tsar, et la Patrie".
Pendant toute la Grande Guerre, les drapeaux russe sont restés au front. Leur garde, assurée primitivement comme en temps de paix, par toutes les compagnies à tour de rôle, l'était vers la fin de la guerre, par des sections de garde du drapeau, constituées avec les meilleurs éléments des régiments.


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- 1 C'est en 1807 que la Croix de Saint-Georges fut décernée pour la première fois au drapeau d'un régiment, celui des Grenadiers de Kiev (en 1914 - 5e régiment de grenadiers de Kiev). "Pour fait d'armes de Schoengraben, 4 Novembre 1805, dans le combat d'un détachement de 5 000 hommes contre un ennemi qui en comptait 30 000."

- 2 Le renouvellement de l'emblème se faisait tous les cent ans ou bien à l'occasion du changement d'inscription.


© Nicolas Botta-Kouznetzoff 1997 - 2006